Les County Sports Partnerships (CSP) désignent un réseau de partenariats territoriaux créé en Angleterre pour coordonner l’activité physique à l’échelle locale. Rebaptisés Active Partnerships, ces dispositifs fonctionnent comme des plateformes de coordination entre autorités locales, services de santé, écoles et associations. Pour un élu français ou un décideur public, comprendre leur fonctionnement ouvre une perspective différente sur la gouvernance sportive territoriale, loin du modèle hexagonal centré sur la subvention et l’équipement.
Active Partnerships : une plateforme de coordination, pas un guichet de subvention
La distinction fondamentale entre les County Sports Partnerships et les dispositifs français réside dans leur positionnement. En France, les collectivités territoriales sont le premier financeur public du sport. Elles gèrent des équipements, subventionnent des clubs, organisent des événements. Le rôle de l’élu sportif s’articule autour de l’allocation budgétaire et de la gestion patrimoniale.
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Les Active Partnerships anglais fonctionnent selon une logique inverse. Leur rôle principal est de connecter des acteurs, pas de distribuer des fonds. Sport England les présente comme des connecteurs entre autorités locales, NHS (système de santé publique), établissements scolaires et tissu associatif. Leur valeur ajoutée tient à la mise en réseau, à la circulation d’information et à la coordination de stratégies locales.
Ce positionnement produit un effet concret : les partenariats territoriaux anglais ne possèdent pas d’équipements sportifs et ne versent pas de subventions directes aux clubs. Ils facilitent, ils orientent, ils mettent en relation. Pour un élu français habitué à piloter un service des sports avec du personnel technique et un budget d’investissement, cette approche peut sembler abstraite. Elle repose sur un postulat différent : le levier territorial le plus efficace est la coordination intersectorielle.
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Gouvernance intersectorielle des Active Partnerships : santé, éducation, action sociale
La gouvernance des Active Partnerships a évolué vers un modèle explicitement intersectoriel. Les partenariats ne réunissent pas uniquement des acteurs sportifs. Ils associent des représentants de la santé publique, de l’éducation, de l’action sociale et de l’aménagement du territoire.
Cette approche repose sur un constat partagé au Royaume-Uni : la sédentarité est un problème de santé publique qui ne peut pas être résolu par le seul secteur sportif. Les Active Partnerships servent de courroie de transmission entre des politiques publiques qui, en France, fonctionnent souvent en silos.
Ce que cette gouvernance change en pratique
Quand un Active Partnership identifie un quartier où la pratique sportive est faible, la réponse ne se limite pas à ouvrir un créneau en gymnase. Le partenariat mobilise simultanément les services de santé locaux (pour repérer les publics à risque), les écoles (pour adapter les programmes d’activité physique) et les services sociaux (pour lever les freins financiers ou logistiques).
En France, le guide pratique de l’ANDES destiné aux élus sportifs décrit un fonctionnement différent. L’élu coordonne un service des sports, gère des équipements, attribue des créneaux, soutient les associations. Les interactions avec les services de santé ou d’action sociale restent ponctuelles, liées à des projets spécifiques plutôt qu’à une architecture de gouvernance permanente.
Réduction des inégalités de pratique sportive : le recentrage des CSP
La mission des Active Partnerships s’est recentrée ces dernières années sur la réduction des inégalités de pratique. L’objectif n’est plus seulement d’augmenter le nombre global de pratiquants, mais de cibler les publics les moins actifs : habitants de quartiers défavorisés, personnes éloignées du sport, populations confrontées à des freins culturels ou économiques.
Leur légitimité politique repose sur des résultats de prévention et de bien-être, pas sur le nombre de licenciés ou de médailles. Ce glissement a des conséquences directes sur les indicateurs utilisés. Les Active Partnerships mesurent des niveaux d’activité physique dans des populations cibles, pas des performances sportives.
Pour un décideur public français, cette approche pose une question de fond : les politiques sportives locales doivent-elles être évaluées sur le nombre de clubs soutenus et d’équipements entretenus, ou sur leur impact réel en matière de santé publique et d’inclusion ?
Les limites de ce modèle orienté vers les inégalités
Les retours terrain divergent sur ce point. L’efficacité d’un partenariat territorial dépend fortement du contexte local, de la qualité des relations entre acteurs et de la volonté politique des autorités concernées. Un Active Partnership sans portage politique local perd l’essentiel de sa capacité d’action.
Le modèle suppose aussi une culture de la coopération institutionnelle qui n’existe pas partout. En France, les relations entre communes, intercommunalités, départements et régions sur les questions sportives restent marquées par des chevauchements de compétences et des logiques de territoire.

Transposition en France : ce que les élus locaux peuvent retenir du modèle anglais
Transposer directement les Active Partnerships en France n’aurait pas de sens. Les structures institutionnelles, les modes de financement et les traditions administratives diffèrent trop. L’Agence nationale du sport (ANS), créée en 2019, a introduit une logique partenariale avec les conférences régionales du sport et les conférences des financeurs, mais le fonctionnement reste largement descendant.
Trois éléments du modèle anglais méritent l’attention des décideurs publics français :
- La coordination comme mission première : plutôt que de créer de nouveaux dispositifs de financement, investir dans des fonctions de mise en réseau entre services municipaux, associations, établissements scolaires et acteurs de santé
- L’évaluation par l’impact sur les publics cibles : mesurer le nombre de personnes inactives qui accèdent à une pratique régulière, pas seulement le volume de subventions versées ou d’heures de créneau attribuées
- L’intégration systématique de la santé publique dans la gouvernance sportive locale : associer les agences régionales de santé (ARS) aux décisions d’orientation des politiques sportives territoriales
Le rapport BPCE de 2022 souligne que les communes et intercommunalités françaises assument la majorité du financement public du sport. Cette position de premier financeur leur donne un levier considérable pour réorienter leurs priorités. Passer d’une logique d’équipement à une logique de coordination territoriale ne suppose pas de dépenser davantage, mais de dépenser autrement.
Le modèle des Active Partnerships n’est ni un exemple à copier ni une curiosité étrangère sans pertinence. Il illustre une tendance de fond dans les pays européens : la politique sportive locale devient une politique de santé publique et d’inclusion, avec des outils de gouvernance adaptés à cette ambition. Les élus français qui s’intéressent à cette évolution y trouveront moins des solutions clé en main qu’un cadre de réflexion sur ce que leur service des sports pourrait devenir.

