Certaines performances sportives spectaculaires reposent sur des décisions médicales peu médiatisées. Des athlètes de haut niveau, confrontés à des troubles inexpliqués, découvrent parfois que leur santé dépend d’un diagnostic rare.
La maladie cœliaque touche aussi des champions internationaux, bouleversant leur carrière mais révélant l’importance des symptômes souvent négligés. Les signes cliniques ne suivent pas toujours le schéma attendu, ce qui retarde fréquemment la prise en charge.
Maladie cœliaque : mieux comprendre une intolérance encore méconnue
La maladie cœliaque se faufile dans la vie sans fracas et se dissimule parfois derrière l’idée reçue d’une banale intolérance au gluten. Pourtant, il s’agit d’une maladie auto-immune à part entière : le gluten, mélange de protéines présent dans le blé, le seigle, l’orge, l’épeautre ou le kamut, provoque chez certaines personnes une réaction de défense où l’organisme attaque la paroi de l’intestin grêle. Ce mécanisme déclenche des troubles digestifs, favorise une inflammation persistante et installe un malaise parfois difficile à nommer.
Ce n’est pas une affection réservée aux sportifs ou aux vedettes. On estime qu’en France, près de 1% de la population serait concernée, mais la plupart l’ignorent, faute de diagnostic. Les signes ne sont pas toujours francs : certains vivent des épisodes de diarrhées ou de ballonnements, d’autres traversent la maladie avec des symptômes plus diffus, digestifs ou non.
Pour illustrer la diversité des signes que l’on retrouve dans la maladie cœliaque, voici quelques exemples souvent rapportés :
- Fatigue inexpliquée
- Anémie persistante
- Douleurs articulaires
- Retard de croissance chez l’enfant
Impossible de confondre la maladie cœliaque avec une simple sensibilité au gluten ou une allergie au blé. Ici, le système immunitaire s’emballe et la détection doit passer par un dépistage précis. Le gluten joue le rôle de déclencheur, mais la maladie s’inscrit dans la famille des troubles digestifs liés à l’immunité, avec des répercussions qui dépassent largement le domaine intestinal.
Quels sont les symptômes qui doivent alerter ?
Aucune présentation type pour la maladie cœliaque : elle s’exprime sous des formes multiples, allant des symptômes digestifs classiques à des manifestations plus discrètes. Chez l’adulte, les troubles intestinaux prédominent, mais la réalité ne se limite ni à la diarrhée chronique ni aux douleurs abdominales.
Les plaintes signalées par les personnes atteintes sont variées, en voici les principales :
- Perte de poids inexpliquée, sans modification claire de l’appétit
- Ballonnements, flatulences, irrégularité du transit
- Fatigue qui persiste, même après des périodes de repos
- Anémie liée à une carence en fer ou en vitamines, difficile à corriger
- Douleurs articulaires ou musculaires pouvant évoquer des pathologies comme la fibromyalgie ou la polyarthrite rhumatoïde
Chez l’enfant, le spectre s’élargit encore : ralentissement de la croissance, irritabilité, puberté tardive. D’autres personnes évoquent des symptômes s’apparentant au syndrome de l’intestin irritable, alternance entre constipation et diarrhée, gênes après les repas, mal-être diffus.
La maladie cœliaque s’accompagne parfois d’autres affections inflammatoires, telle que la spondylarthrite ankylosante. Chez certains, le déséquilibre du microbiote intestinal intensifie encore la gêne, rendant le diagnostic plus complexe.
Face à la persistance de l’un ou plusieurs de ces signes, surtout sans explication évidente, il convient de penser à une intolérance au gluten, une hypersensibilité ou une maladie auto-immune digestive et de consulter un spécialiste.
Novak Djokovic : comment son parcours a mis en lumière la cœliaquie
Novak Djokovic n’a pas seulement bouleversé le classement du tennis mondial. Il a apporté un éclairage inédit sur la maladie cœliaque, à travers sa propre expérience. Suivi par le Dr Igor Četojevic, il a franchi un cap décisif en adoptant un régime sans gluten : un choix qui a bouleversé sa performance sportive. Son jeu s’est transformé, services, déplacements, récupération, chaque aspect a pris une ampleur nouvelle, débarrassée des freins digestifs qui limitaient ses capacités.
Avant de mettre le doigt sur ce diagnostic, Djokovic enchaînait les épisodes de fatigue, des maux inexpliqués, des pertes d’énergie. Dès l’éviction du gluten, le changement a été radical. Il revient longuement sur cette évolution dans son ouvrage Service gagnant, où il détaille l’influence déterminante de l’alimentation sur sa transformation physique et mentale.
Djokovic n’est pas un cas isolé : Andy Murray, Jo-Wilfried Tsonga, Bradley Wiggins ou Dana Vollmer ont eux aussi exploré le régime sans gluten pour progresser dans leur discipline. Mais c’est bien le parcours du champion serbe qui a contribué à faire bouger les lignes, en mettant en avant la prise en charge de l’intolérance au gluten dans le sport de haut niveau. Sa collaboration avec Gerblé, marque spécialisée dans les produits sans gluten, a inscrit ce sujet dans le quotidien, loin des stéréotypes ou des effets d’annonce.
Le chemin de Djokovic démontre, mieux que n’importe quel discours, l’apport d’un diagnostic précoce et d’un traitement approprié. Il a donné à la cœliaquie un visage, une histoire, et surtout une formidable leçon de détermination, qui dépasse largement le cadre du sport.
Vivre sereinement avec la maladie cœliaque : conseils et ressources utiles
Pour trouver l’équilibre, il faut d’abord intégrer le régime sans gluten, seul traitement reconnu de la maladie cœliaque. Qu’il s’agisse du pain, des pâtes, des pizzas ou des viennoiseries, chaque habitude alimentaire demande à être repensée. Les produits industriels sans gluten, désormais courants dans les rayons, facilitent la vie mais ne sont pas sans défauts : leur richesse en matières grasses, ainsi qu’une valeur parfois moindre en fibres ou vitamines, invitent à la prudence.
L’accompagnement médical va bien au-delà des prescriptions. Le risque de carences nutritionnelles, les modifications du microbiote intestinal ou le glissement vers une alimentation trop restrictive font partie des enjeux. L’association française des intolérants au gluten recommande un suivi nutritionnel régulier, en lien avec des professionnels comme le Dr Jean-Jacques Menuet ou le Dr Fabrice Kuhn, pour préserver l’équilibre global.
Ressources et bonnes pratiques
Voici quelques pistes concrètes pour organiser le quotidien et éviter les pièges du gluten caché :
- Prendre appui sur l’association française des intolérants au gluten (AFDIAG) pour repérer les produits sûrs, trouver des artisans et restaurants adaptés, ou accéder à des listes actualisées.
- Décrypter systématiquement les étiquettes. Le gluten se dissimule dans de nombreux céréales : blé, seigle, orge, épeautre, kamut. Rien ne doit échapper à ce contrôle.
- Appliquer les conseils de spécialistes pour enrichir l’alimentation en fibres, minéraux et vitamines, tout en préservant la diversité du microbiote intestinal.
La vie sociale, que l’on soit sportif ou non, demande parfois des ajustements. Mais les outils existent. Les expériences partagées par d’autres malades, les livres de Julien Venesson ou les recommandations de l’AFDIAG dessinent une feuille de route solide pour continuer à avancer. Loin d’être un frein, la contrainte devient alors le moteur d’une nouvelle dynamique.


